TVA

TVA sur acompte : exigibilité, comptabilisation et facturation (2026)

Tu encaisses un acompte avant la livraison ou la prestation : à quel moment dois-tu déclarer la TVA ? Depuis le 1er janvier 2023, la règle a changé pour les ventes de biens, alignée sur celle des services. Voici ce que dit la nouvelle exigibilité, les mentions à faire figurer sur la facture d'acompte, les écritures comptables, et la régularisation au moment de la facture finale.

Cet article fait partie du guide complet La TVA pour les artisans et indépendants : le guide
Par Antoine Moury · Fondateur de BilliesPublié le 9 mai 20268 min de lecture

L'acompte, l'arrhe et la facture d'acompte

L'acompte est un paiement partiel versé par le client avant la livraison du bien ou l'exécution complète de la prestation. Juridiquement, il engage les deux parties à exécuter le contrat. Il se distingue des arrhes, qui permettent à chacune des parties de se dédire (en perdant les sommes versées pour le client, ou en restituant le double pour le vendeur — art. 1590 du Code civil). Quand un professionnel te verse un acompte, tu dois émettre une facture d'acompte (art. 289 du CGI) ; mais c'est l'encaissement, pas la facture, qui rend la TVA exigible.

Le changement majeur de 2023

Jusqu'au 31 décembre 2022, la règle d'exigibilité de la TVA différait selon la nature de l'opération : sur les prestations de service, la TVA était exigible dès l'encaissement de l'acompte ; sur les livraisons de biens, elle ne l'était qu'à la livraison effective. Depuis le 1er janvier 2023 (article 30 de la loi de finances pour 2022, qui aligne le droit français sur l'article 65 de la directive TVA 2006/112/CE), la règle est unifiée : la TVA est exigible dès l'encaissement de l'acompte, à concurrence du montant encaissé, que ce soit sur un bien ou sur un service (article 269, 2-a du CGI).

OpérationAvant 2023Depuis 2023
Prestation de service — acompte encaisséTVA exigible à l'encaissementTVA exigible à l'encaissement (inchangé)
Livraison de bien — acompte encaisséTVA exigible à la livraisonTVA exigible à l'encaissement
Vente mixte (bien + pose)Selon prépondéranceTVA exigible à l'encaissement

Les mentions obligatoires sur la facture d'acompte

La facture d'acompte est une vraie facture : elle suit l'article 242 nonies A de l'annexe II au CGI. Elle doit donc comporter toutes les mentions classiques, plus quelques spécificités liées à son caractère partiel.

  • Mention « Facture d'acompte » et numéro unique dans la séquence des factures (ex. F-2026-0042).
  • Date d'émission et date d'encaissement (qui peut différer de l'émission).
  • Identité émetteur et client (raison sociale, SIREN, adresse, TVA intracom).
  • Référence de la commande ou du devis signé.
  • Désignation des biens ou services concernés (peut renvoyer au devis).
  • Montant HT de l'acompte, taux et montant de TVA, total TTC.
  • Mention que l'acompte sera déduit de la facture finale.
  • Conditions de paiement de l'acompte (mode, échéance, RIB).
  • Pour le BTP en sous-traitance : mention « Autoliquidation — TVA due par le preneur » si applicable.

Les écritures comptables à passer

Voici les écritures pour un acompte de 3 000 € TTC reçu par avance sur une commande de 12 000 € TTC (TVA à 20 %). On suppose un encaissement par virement.

Écriture à l'encaissement de l'acompte

CompteLibelléDébitCrédit
512000Banque3 000 €
4191Clients — avances et acomptes reçus2 500 €
44571TVA collectée (sur acompte)500 €

Écriture à la facture finale

À la livraison ou à l'exécution finale, on émet la facture définitive sur le total de la commande (12 000 € TTC), on régularise la TVA déjà collectée et on solde l'acompte.

CompteLibelléDébitCrédit
411000Clients12 000 €
707000Ventes de marchandises (HT)10 000 €
44571TVA collectée2 000 €
4191Clients — avances et acomptes (solde)2 500 €
44571TVA collectée sur acompte (régularisation)500 €
411000Clients (solde après imputation acompte)3 000 €

La régularisation à la facture finale

La facture finale doit clairement reprendre l'acompte déjà facturé pour éviter tout doublon. Trois lignes minimum sont attendues :

  1. Total HT de la prestation ou de la livraison (somme totale, sans tenir compte de l'acompte).
  2. Total TVA et total TTC global.
  3. Ligne « Acompte versé le … (facture F-2026-0042) — montant TTC » en déduction du total à payer.

C'est cette présentation qui permet à l'administration et au client de relier la facture finale à la facture d'acompte initiale. La TVA totale facturée doit être identique à la TVA réellement due sur l'opération — pas de double comptage, pas de TVA en moins.

Cas pratiques fréquents

Cas 1 — Acompte sans facture finale (commande annulée)

Le client paie un acompte, puis annule la commande. Si tu conserves l'acompte (clause contractuelle ou faute du client), tu dois émettre un avoir pour annuler la facture d'acompte initiale, ou bien requalifier la somme en indemnité (en principe hors champ de la TVA si elle répare un préjudice). Le traitement dépend de la nature juridique de la rupture — fais valider par ton comptable en cas de doute.

Cas 2 — Plusieurs acomptes successifs

Tu peux émettre autant de factures d'acompte que nécessaire (10 % à la commande, 30 % au lancement, 30 % à la livraison du gros œuvre…). Chacune déclenche la TVA à l'encaissement. La facture finale les imputera toutes en bas du décompte.

Cas 3 — Acompte sur opération à TVA réduite

Le taux de TVA à appliquer sur l'acompte est celui de l'opération principale. Si tu factures des travaux d'amélioration sur logement de plus de 2 ans à 10 %, l'acompte est aussi à 10 %. Pense à faire certifier par le client, sur le devis ou la facture, que le logement est achevé depuis plus de deux ans : depuis la loi de finances pour 2025, cette mention remplace l'ancienne attestation (art. 279-0 bis du CGI).

Les pièges à éviter

  • Continuer à appliquer l'ancienne règle pour les biens : la TVA est exigible à l'encaissement depuis 2023, plus à la livraison.
  • Oublier d'émettre une facture d'acompte alors que tu as encaissé : pas de pièce justificative, pas de déduction possible côté client.
  • Confondre acompte et arrhe : le régime juridique et fiscal n'est pas identique.
  • Ne pas imputer l'acompte sur la facture finale : tu factures deux fois la même TVA et tu fausses la déclaration.
  • Émettre une facture finale qui ne fait pas référence à la facture d'acompte : l'audit comptable ne peut pas relier les deux.

Outils et logiciels

Faire des factures d'acompte à la main, c'est jouable, mais le risque d'erreur est réel : oubli de la TVA, mauvaise imputation, doublon TVA, écritures incohérentes entre acompte et facture finale. Un logiciel de facturation génère automatiquement la facture d'acompte à partir du devis, applique la TVA au bon taux, et impute proprement l'acompte au moment de la facture finale.

Récapitulatif : la TVA sur acompte en 30 secondes

  • Depuis 2023, TVA exigible à l'encaissement, biens et services.
  • Facture d'acompte = vraie facture (mêmes mentions obligatoires).
  • Compte 4191 pour l'avance, TVA sur l'acompte en 44571 (TVA collectée) dès l'encaissement.
  • Imputation systématique sur la facture finale.
  • Facture oubliée : amende de 50 % du montant, 5 % si l'opération est comptabilisée (art. 1737 du CGI).

Questions fréquentes

Suis-je obligé d'émettre une facture pour un acompte ?
Oui, dès qu'un client professionnel te verse un acompte sur une opération soumise à TVA (art. 289 du CGI) — c'est aussi elle qui lui permet de déduire la TVA. Attention : c'est l'encaissement de l'acompte, et non la facture, qui rend la TVA exigible depuis 2023.
Quelle différence avec une facture pro forma ?
La facture pro forma est un document commercial sans valeur fiscale : elle ne déclenche aucune TVA et ne se comptabilise pas. La facture d'acompte est une vraie pièce comptable, obligatoire entre professionnels dès qu'un acompte est encaissé sur une opération taxable.
Et si l'acompte est versé en numéraire (espèces) ?
La règle est la même : TVA exigible à l'encaissement, facture d'acompte dans les mêmes cas. Attention au plafond légal des paiements en espèces : 1 000 € dès que ton client a son domicile fiscal en France ou agit pour son activité professionnelle — particulier compris —, 10 000 € pour un particulier sans domicile fiscal en France (art. L112-6 et D112-3 du code monétaire et financier).
Comment gérer un acompte non utilisé (commande annulée) ?
Si tu rends l'acompte au client, tu émets un avoir qui annule la facture d'acompte (TVA déduite). Si tu le conserves comme indemnité, tu requalifies l'opération : avoir + nouvelle écriture. L'indemnité est en principe hors champ de la TVA si elle répare un préjudice — fais valider ce traitement par ton comptable.
L'acompte doit-il être TTC ou HT ?
L'usage commercial est de fixer l'acompte en TTC dans le devis (« 30 % d'acompte à la commande »). Sur la facture, on indique les deux : la base HT et la TVA appliquée. Comptablement, on enregistre toujours en HT + TVA séparée.
Quel taux de TVA appliquer sur un acompte ?
Le taux de TVA de l'opération principale. Si la prestation est à 10 % (travaux logement +2 ans, art. 279-0 bis du CGI), l'acompte est aussi à 10 %.
Puis-je faire un acompte sans devis ?
Techniquement oui, mais ce n'est pas recommandé. Sans devis, le client peut contester le montant total à payer ou les conditions. Pour un particulier, le devis détaillé est même obligatoire avant tout dépannage, réparation ou entretien dans le bâtiment, quel que soit le montant (arrêté du 24 janvier 2017), et un contrat signé chez le client doit de toute façon être écrit (art. L221-9 du code de la consommation).
Le changement de 2023 s'applique-t-il aux microentrepreneurs ?
Non, tant que tu es en franchise en base de TVA (art. 293 B). Tu factures sans TVA, donc pas de question d'exigibilité. Dès que tu dépasses le seuil et bascules en TVA, la règle de 2023 s'applique sur tes factures d'acompte.

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