Paiement

Pénalités de retard de paiement : calcul, taux et indemnité 40 € (2026)

Quand un client professionnel paie en retard, tu peux exiger des pénalités de retard et 40 € forfaitaires de frais de recouvrement, sans avoir besoin de relance ni de mise en demeure. Le mécanisme est automatique — à condition que la mention figure sur ta facture. Voici le cadre légal, le calcul exact jour à jour, des exemples chiffrés et la procédure de recouvrement.

Par Rédaction Billies · Équipe éditoriale BilliesPublié le 8 mai 20268 min de lecture

Les pénalités de retard sont encadrées par l'article L441-10 du Code de commerce (anciennement L441-6). Elles s'appliquent automatiquement, dès le lendemain de la date d'échéance figurant sur la facture, sans qu'aucune mise en demeure ne soit nécessaire. Le législateur les a rendues d'ordre public : tu ne peux pas y renoncer dans tes conditions générales et le client ne peut pas les contester sur le principe.

Le calcul du taux applicable

Tu as le choix entre deux taux à mentionner dans tes CGV ou sur ta facture :

  • Taux contractuel : ce que tu fixes dans tes CGV. Plancher légal = taux directeur de la BCE + 10 points (taux le plus utilisé en pratique).
  • Taux supplétif : à défaut de mention contractuelle, c'est le taux directeur de la BCE en vigueur au 1er janvier ou au 1er juillet, majoré de 10 points (article L441-10 II).

Tu peux aussi opter pour 3 fois le taux d'intérêt légal — option historique conservée mais beaucoup moins utilisée car généralement moins favorable. En 2026, le taux d'intérêt légal pour les créances professionnelles tourne autour de 5,5 % au premier semestre, ce qui donne 16,5 % en 3× (à confirmer chaque semestre sur le BOFiP). À comparer avec le taux BCE + 10 points qui tourne plutôt autour de 12-13 %.

L'indemnité forfaitaire de 40 €

En plus des pénalités de retard, le décret D441-5 du Code de commerce prévoit une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement, due automatiquement dès le premier jour de retard. Elle s'applique par facture impayée, et non globalement par client. Si tu as 5 factures en retard chez le même client, tu lui dois 5 × 40 € = 200 € d'indemnité.

La formule de calcul jour à jour

Les pénalités se calculent jour par jour, sur le montant TTC de la facture (jurisprudence constante : Cass. com. 7 février 2018, n° 16-25.706 — la base est bien le TTC, pas le HT). La formule :

« Pénalités = Montant TTC × Taux annuel × (Nombre de jours de retard / 365) »

Exemple : facture de 6 000 € TTC, taux BCE + 10 points = 12,5 %, 30 jours de retard. Pénalités = 6 000 × 12,5 % × (30/365) = 61,64 €. À ajouter : 40 € d'indemnité forfaitaire. Total réclamable : 101,64 €.

Facture TTCTauxJours retardPénalités+40 €Total dû
1 200 €12,5 %15 j6,16 €40 €46,16 €
6 000 €12,5 %30 j61,64 €40 €101,64 €
12 000 €12,5 %60 j246,58 €40 €286,58 €
25 000 €12,5 %90 j770,55 €40 €810,55 €

La mention obligatoire sur la facture

L'article L441-9 du Code de commerce et l'annexe II du CGI imposent de faire figurer sur la facture le taux de pénalités applicable et le montant de l'indemnité forfaitaire. Sans cette mention, l'amende administrative peut atteindre 75 000 € pour une personne physique et 2 000 000 € pour une personne morale (art. L441-16).

  • Phrase complète : « En cas de retard de paiement, des pénalités au taux de [X %] (taux BCE majoré de 10 points) seront appliquées de plein droit ».
  • Ajout : « Indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement : 40 € (D441-5 Code de commerce) ».
  • Mention de la date d'échéance précise (pas seulement la date d'émission).
  • Mention du mode de règlement (virement, chèque, CB).
  • Indemnité complémentaire sur justificatifs si les frais dépassent 40 € : à mentionner aussi pour pouvoir s'en prévaloir.

« « En cas de retard de paiement, des pénalités au taux de 12,5 % (taux BCE + 10 points) seront appliquées dès le jour suivant la date d'échéance. Indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement : 40 € par facture (D441-5 du Code de commerce). Une indemnisation complémentaire pourra être demandée sur justificatifs. » »

Comment les recouvrer ?

Sur le papier, les pénalités sont dues automatiquement. En pratique, peu de clients les paient spontanément — il faut les réclamer. Voici la procédure type :

  1. Première relance amiable (e-mail ou téléphone) dès J+1 du retard, en rappelant le montant dû + pénalités + 40 €.
  2. Deuxième relance écrite à J+15 avec décompte précis (capital, intérêts, indemnité), en LRAR pour preuve.
  3. Mise en demeure formelle à J+30, par LRAR, mentionnant les pénalités cumulées au jour de la mise en demeure.
  4. Si le client ne réagit pas : injonction de payer auprès du tribunal de commerce (procédure simple, peu coûteuse, environ 35 € de timbre fiscal).
  5. Au-delà : assignation au fond ou voie d'huissier (saisie sur compte, sur véhicule, etc.).

Comment les comptabiliser ?

Les pénalités de retard sont comptabilisées en produit financier (compte 763 « Revenus des autres créances ») et l'indemnité forfaitaire de 40 € en autres produits divers de gestion (compte 7588). Côté TVA : ces sommes ne sont pas soumises à TVA (elles indemnisent un préjudice, ce n'est pas une contrepartie de prestation au sens de l'art. 256 CGI).

Jurisprudence récente à connaître

  • Cass. com. 3 mars 2021, n° 19-13.533 : les pénalités de retard sont dues de plein droit, sans relance préalable.
  • Cass. com. 7 février 2018, n° 16-25.706 : la base de calcul est bien le montant TTC, pas le HT.
  • CA Paris 14 octobre 2022 : l'indemnité forfaitaire de 40 € est due par facture, pas globalement.
  • Cass. com. 26 mars 2024 : le client ne peut pas se prévaloir d'un acompte non payé du vendeur pour suspendre le paiement (exception d'inexécution non opposable aux pénalités).
  • CJUE 20 octobre 2022, BFF Finance Iberia : la directive 2011/7/UE impose une interprétation large de l'indemnisation des frais — confirme que la majoration au-delà des 40 € peut être réclamée sans haut seuil de preuve.

Et avec un client particulier ?

Avec un client B2C, le mécanisme automatique du Code de commerce ne s'applique pas. Tu peux prévoir des pénalités dans tes CGV (à condition qu'elles ne soient pas considérées comme abusives au sens de l'art. R212-1 du Code de la consommation) et appliquer le taux d'intérêt légal majoré en cas de retard. La mise en demeure préalable reste recommandée pour faire courir les intérêts moratoires.

Automatiser les pénalités

Calculer les pénalités à la main est faisable, mais sur 30 factures en retard ça devient vite chronophage : il faut le bon taux, le bon nombre de jours, recalculer à chaque relance. Un logiciel de facturation calcule automatiquement les pénalités jour à jour et les ajoute au décompte de la relance.

Récapitulatif : pénalités de retard en 30 secondes

  • Cadre : article L441-10 Code de commerce, applicable B2B uniquement.
  • Taux mini : BCE + 10 points (ou 3× taux d'intérêt légal en option).
  • Calcul jour à jour sur le montant TTC.
  • Indemnité forfaitaire 40 € par facture (D441-5).
  • Mention obligatoire sur la facture, sous peine d'amende.
  • Recouvrement : relance, mise en demeure, injonction de payer.

Questions fréquentes

Faut-il une mise en demeure pour appliquer les pénalités ?
Non, en B2B les pénalités sont dues de plein droit dès le lendemain de la date d'échéance, sans aucune relance préalable (Cass. com. 3 mars 2021). En B2C, en revanche, la mise en demeure reste nécessaire pour faire courir les intérêts moratoires.
Le client peut-il refuser de payer les pénalités ?
Il peut contester, mais sur le principe les pénalités sont d'ordre public — il ne peut pas négocier en deçà du plancher légal (BCE + 10 points). En pratique, on accepte parfois de les remettre commercialement pour préserver la relation, mais c'est toi qui décides.
Comment connaître le taux directeur de la BCE en vigueur ?
Il est publié sur le site de la Banque de France et fixé deux fois par an au 1er janvier et au 1er juillet. Pour le premier semestre 2026, le taux applicable se trouve dans la rubrique « Taux directeur » du site de la BCE.
L'indemnité de 40 € est-elle soumise à TVA ?
Non. Elle indemnise un préjudice (frais de recouvrement) et n'est pas la contrepartie d'une prestation au sens de l'article 256 du CGI. Tu la facturres en HT = TTC, sans TVA.
Que faire si le client paie le capital mais pas les pénalités ?
Tu peux émettre une facture distincte pour les pénalités et l'indemnité, et engager une procédure de recouvrement spécifique. En pratique, beaucoup de créanciers renoncent aux pénalités si le capital est payé — mais légalement, tu es en droit de les exiger.
Les pénalités sont-elles plafonnées dans le temps ?
Elles courent jusqu'au paiement effectif, mais la prescription est de 5 ans (art. L110-4 Code de commerce). Au bout de 5 ans, ni le capital ni les pénalités ne peuvent plus être réclamés en justice.
Peut-on cumuler pénalités contractuelles et taux supplétif ?
Non, c'est l'un OU l'autre. Si tu as fixé un taux dans tes CGV et qu'il est conforme au plancher légal, c'est lui qui s'applique. À défaut, c'est le taux supplétif (BCE + 10 points en pratique).
Faut-il déclarer les pénalités au fisc ?
Oui. Comptablement, elles sont enregistrées en produits financiers (763) et imposables comme tels. Si tu n'arrives pas à les recouvrer, tu peux passer une perte sur créance irrécouvrable, qui sera déductible.

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